Manifestes

En 1972, Pol Paquet rompt radicalement avec la pratique amorcée aux Beaux-Arts de Reims illustrée par son diplôme de gravure : Rimbaud et Charleville (1968).  Il renonce aux expositions locales où il montre depuis 1967 portraits et paysages pour produire un art directement engagé dans la réalité. Ses œuvres sont faites de matériaux de récupération, d’objets quotidiens, de rebuts et déchets. Les titres sont explicites : US go home, Non-assistance à personne en danger, une installation qui dénonce les ravages des avortements clandestins. Refus viscéral d’une expression artistique « qui ne parle pas immédiatement à tous et chacun », ainsi qu’il le déclare dans un manifeste repris par la presse locale, cette conviction inspire désormais toute sa production artistique. Elle pourra prendre d’autres formes, mais il ne rentrera jamais sur le marché de l’art.

Sans titre. 1972.


1972 – L’exposition de la rue du Moulin

Exposition de la rue du Moulin, 1972.
Photographie d’archive. © L’Union, 22-06-1972

Pol Paquet installe à Charleville-Mézières, dans un local ouvert sur la rue, des œuvres que verront « des milliers de gens dont la plupart n’entre jamais dans une galerie ou une exposition ». Les sujets reflètent les grands combats de l’époque, torture en Algérie, guerre du Vietnam, droit à l’avortement; les titres sont d’une ironie mordante et paradoxale en forme d’« hommage », à la torture, la répression, la famille, la misère des vieux, l’enfance en souffrance … Ou le nucléaire, avec une spectaculaire installation de 46 têtes de baigneurs émergeant d’étuis de masques à gaz.
Le même esprit de dérision le pousse à réaliser dans les années 1975 des moulages de nus féminins très clean – comme appris aux Beaux-Arts – mais encadrés de couleurs pop et griffés de touffes de poil.