Affiches

Bar Le Mendegaud, Concours de belote, s.d.

De 1967 à 2004, Pol Paquet n’a cessé de faire des affiches, l’inventaire en recense à ce jour au moins 240, la plupart sérigraphiées. C’est son langage favori. Il répond à toutes les commandes, toutes les sollicitations, d’autant plus nombreuses qu’il ne demande le plus souvent que le coût des fournitures en paiement de son travail. Parmi ses commanditaires, les institutions locales dont il accompagne la vie culturelle, commémorations de Rimbaud, Festival mondial des théâtres de marionnettes, mais aussi les innombrables foires, fêtes de jumelage, expositions, manifestations artistiques et musicales… Tout aussi souvent, il répond aux commandes d’associations locales et de particuliers : joueurs de boules, viticulteur, chorales, bals, bistrots, pêcheurs, jeunes mariés, petits commerçants, cracheurs de feu, archéologues, poètes… Il réalise là son engagement de travailler là où on est, là où on peut faire avancer l’imagination.
Ses affiches, lisibles au premier coup d’œil, s’imposent par la force de leur graphisme : formes simples, couleurs primaires en aplat de l’encre sérigraphique, images détournées et citations.

Le Lézard Rouge

De 1971 à 1981, le ciné-club militant du Lézard Rouge diffuse à Charleville des films dont le titre annonce la couleur : La Bombe, le 17e Parallèle, Avoir 20 ans dans les Aurès… Pol Paquet s’occupe des affiches : sérigraphiées à la main, en tirage limité, 80 exemplaires au maximum, faute de moyens.

Pour chaque film, il crée une image différente de l’affiche commerciale distribuée par l’industrie du cinéma. Il s’amuse à faire des citations détournées d’œuvres d’art, de personnages célèbres, de publicités, et surtout il pratique la simplicité absolue, imposant au premier coup d’œil la présence du film à voir. 

Affiche du film Avoir vingt ans dans les Aurès de René Vautier (1972). Affiche sérigraphiée, 1973. 40 x 60 cm


Petit précis de sérigraphie

Largement utilisée dans l’industrie, la sérigraphie est un procédé artistique très ancien, largement réemployée dans les années 60 par les grands du Pop Art américain, entre autres Andy Warhol. En France c’est aussi un procédé typique de 1968 : les étudiants en révolte ont largement diffusé leurs images avec cette technique peu coûteuse. C’est sans doute aux Beaux-Arts de Reims, que Pol Paquet a appris cette technique. 

C’est une technique d’impression très simple qui s’apparente à celle du pochoir, ici un film transparent, nommé typon, qui porte le motif à reproduire Il est placé sur un châssis tendu d’une étoffe de nylon, l’écran, qu’on enduit d’un produit photosensible qui le rend imperméable. Le châssis est placé sous une table à insoler équipée de néons ultra-violets ; le produit photosensible se délite, sauf à l’emplacement du typon : le motif apparaît en négatif. Il est prêt à recevoir la couleur, l’encre sérigraphique. On place alors la feuille à imprimer sous le châssis et on verse l’encre qu’on tire à la raclette de façon à remplir le motif.

Le tirage est délicat. On commence par les couleurs claires, car elles sont plus facilement couvertes par les couleurs foncées. Le noir est très souvent tiré en dernier. C’est souvent cette couleur qui vient « finaliser » le motif, et supporter les textes. Les différents essais servent à vérifier que les étapes précédentes ont été correctement réalisées : que le motif apparaît bien, sans manque, que chaque couleur va venir s’ajuster précisément avec les autres. Le tirage sur papier journal permet d’absorber l’excès d’encre sans gaspiller de papier de tirage.   

Mais qu’est-ce qu’elles veulent de Coline Serreau (1976).
Tirage définitif avec les 3 couleurs. Affiche sérigraphiée, 3 couleurs. 40 x 60 cm

Tirage d’une affiche en 3 couleurs

J’aime faire des affiches « parce qu’elles sont dans la rue, sous les yeux de tous, et qu’elles sont éphémères : on peut les arracher, les froisser, les jeter, comme un journal »

Pol Paquet